Steve  Bandoma

Steve Bandoma

Un parcours


Ce n’est peut-être pas un hasard si Steve Bandoma est l’artiste des techniques mixtes, de l’identité et des créatures hybrides. Lui-même vit entre deux polarités et deux influences : l’art et la politique. De son père, ancien ministre et ambassadeur, Il a hérité le goût de la politique. Le reste de sa famille, installé en Europe, est entièrement versé dans les arts : une mère passionnée de peinture, deux sœurs chanteuses, dont la regrettée Malou, et un jeune frère réalisateur. Quand on demande à Bandoma laquelle de ses deux passions va prendre le dessus, un large sourire se dessine. Car dans son esprit les choses sont très claires, il entend les mener de front.

 Ouvrir les perspectives : un exil choisi

 Homme d’héritage, Bandoma n’a pas connu pour autant le parcours tracé d’avance d’un héritier. Après des études à l’Académie des beaux-arts de Kinshasa, dont il sort diplômé en 2004, il choisit de s’exiler en Afrique du Sud. A la fois par dépit, n’ayant pu accompagner en Allemagne son père ambassadeur, et par un puissant désir de découvrir autre chose. Il s’installe à Cape Town, où il entame un parcours de formation artistique multimédia. Il s’essaye à la photo, à la vidéo, il réalise des performances, des installations, il touche à tout.

 Ses débuts artistiques sont anonymes, laborieux, mais peu à peu il forge son propre style, se fait connaître, enchaîne les expositions et réussit finalement à se faire un nom sur la scène artistique sud-africaine, ce qui représente une vraie performance. En 2009, il reprend la route, vers Zurich tout d’abord, puis vers Paris pour une résidence à la Cité nationale des arts.

 

Retour remarqué sur la scène kinoise

Bandoma  se réinstalle à Kinshasa en 2012, où il expose au Centre Wallonie-Bruxelles (« L’heure des chocs »), puis à l'Institut français (« Mutatis Mutandis », 2013). La scène artistique kinoise découvre alors Steve Bandoma. Et quelle découverte ! C’est la contempocalypse, pour reprendre le titre de l’une de ses expositions à Cape Town. Avec sa technique mixte faite de dessins, de projections d’encre et de collages, Bandoma compose une incroyable esthétique de l’explosion - ou plutôt de l’implosion – et du chaos, souvent sur fond de choc des civilisations. Visages, membres, fragments de corps, statuettes, fétiches, le tout se mêle pour donner vie à des créations apparemment débridées et décousues, mais en réalité très réfléchies et soigneusement ordonnées.  

 

L’identité et la culture au cœur de l’œuvre 

Le travail de Bandoma ne se veut pas spécialement africain, du moins pas dans sa facture. Il se veut contemporain et universel. Mais les thèmes qu’il explore et la vision qu’il développe renvoient bien à son identité africaine. Ses œuvres s’inscrivent dans des séries thématiques dont les titres donnent le ton : Lost tribe, Enculturation, Abolition, etc. Autrement dit, le rapport à l’identité, le conflit entre tradition et modernité et la collision entre les cultures. 

Chez Bandoma, le propos est sérieux mais la profondeur n’exclut pas la légèreté. L’humour et la dérision y ont une large place. Par exemple lorsqu’il aborde l’africanité, il s’en prend sans nuance à la domination occidentale et au matérialisme qui l’a accompagnée, mais il le fait avec plus d’ironie que d’acrimonie. Le thème n’est pas original, il est souvent exploré par les artistes africains. Mais il y a dans le traitement décalé de Bandoma quelque chose d’unique. Même tonalité ironique dans son interprétation de la colonisation. On ne peut manquer de voir en cela l’empreinte de la dérision, que les Congolais ont cultivée à force d’endurer la crise. Au Congo, on sait aborder avec drôlerie les sujets les plus graves.

Une autre particularité de ses œuvres : le chaos et la bizarrerie n’excluent pas une certaine harmonie. Dans Crépue (2013), Bandoma essaime dans cette belle coiffure Afro, symbole de l’affirmation noire durant les années de lutte pour les droits civiques, des visages exclusivement blancs. De ce big-bang racial et culturel naît un chaos étonnamment harmonieux, où la beauté l’emporte sur la difformité. Même singularité dans son portrait d’Abraham Lincoln (Lincoln’s vision, 2014). Malgré des yeux en surnombre et hypertrophiés – qui attestent que le héros blanc du peuple noir était bien certainement un visionnaire – le choix des couleurs, l’insertion réussie des collages, la position du chapeau et finalement la tendresse qui s’exprime pour le grand homme confèrent à l’ensemble une certaine harmonie.

 

Le papier, support de prédilection

Après avoir touché à tous les médiums durant son apprentissage sud-africain, à partir de 2008 Bandoma jette son dévolu sur le papier. Le Canson présente un avantage évident, il permet de combiner le dessin, la projection d’encre, le collage et la gouache. C’est dans ce mélange et dans cette mixité de techniques que s’exprime le mieux sa créativité.

A partir de 2014-2015, le collage tend à disparaître de son travail. La raison ? « Tout le monde se met à faire du collage » déplore-t-il. Il choisit alors de restreindre sa technique et de se concentrer sur son sujet. Pendant ce temps, il ne cesse d’accroître les dimensions de ses œuvres. Les grands formats lui permettent d’exprimer toute son énergie. Le collage reviendra, nous le verrons dans cette exposition, mais avec parcimonie et de manière très ciblée.

 

Une reconnaissance internationale

Depuis 2014, la galerie Magnin-A présente régulièrement le travail de Bandoma dans les foires d’art en Europe et aux États-Unis. En 2015, ses œuvres figuraient dans la fameuse exposition « Beauté Congo – Congo Kitoko », de la Fondation Cartier pour l’art contemporain à Paris. La même année, il était présenté par la galerie Angalia à Swab Art Fair, à Barcelone, en solo show. En 2016, on le retrouve à Paris lors de la foire AKAA, sur le stand d’Angalia. En 2017, il est à nouveau exposé par Angalia à Paris (mars-avril) dans le cadre du salon Zürcher Africa. A 35 ans, Steve Bandoma s’affirme comme l’un des jeunes artistes en vue de la scène africaine. Il était temps de le revoir en RDC, où il n’avait plus exposé en solo depuis 2013.


La culture pour le développement

Et la politique dans tout cela ? « Un artiste, observe Bandoma dans une interview au journal ‘Le Monde’ en 2015, est politicien d’une manière ou d’une autre. Il a un message à communiquer, une idéologie à défendre »[1]. Et en effet, quel est l’objet d’un travail sur l’histoire nationale, sur la disparition des cultures ancestrales, sinon une invitation à réfléchir sur le devenir du peuple congolais ? Ce n’est pas un hasard si Bandoma a plusieurs fois repris sa série Lost Tribe, alors qu’il croyait en avoir terminé avec ce thème. Il est fasciné par ce point de basculement dans l’histoire de l’Afrique, et du Congo en particulier, qui a vu le colonisateur fouler aux pieds les cultures tribales tout en s’appropriant leurs plus beaux symboles : les arts premiers. Non seulement Bandoma croit en une voie africaine pour le développement de l’Afrique, mais il pense que la culture doit y jouer un rôle important. Il a des idées pour valoriser la culture congolaise au Congo. Il veut être acteur de l’avenir de son pays. En jouant, naturellement, sur les deux tableaux.



[1]Neuf artistes dans le chaudron de Kinshasa, Roxana Azimi, 27.08.2015

Œuvres

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